La puissance du pôle asiatique : La puissance chinoise

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La puissance du pôle asiatique : La puissance chinoise

Depuis 1850, on estime que trois périodes se sont succédées en Chine. De 1850 à 1950, on peut parler d’un certain déclin chinois à mettre en parallèle avec la croissance économique prodigieuse de l’Occident. En 1949, les communistes arrivent au pouvoir en Chine. Ils investissent massivement dans l’industrie lourde (tout comme leur grand frère soviétique), c’est-à-dire dans la construction navale, l’armement, la fabrication de moyens de production, etc. De 1950 à 1978, la croissance économique se stabilise, mais la reconstruction de l’économie domine. Le taux de croissance de la Chine est toutefois supérieur à celui des autres pays émergents. Ce modèle rencontre des faiblesses : les dépenses militaires chinoises sont énormes et la collectivisation des terres ainsi que le grand « bond en avant » ont entrainé une faible production agricole et on laissé de côté la productivité de l’agriculture, entrainant des conséquences dramatiques et tragiques : des dizaines de millions de victimes.

De 1978 à 1990 : La libéralisation de la Chine

Depuis 1978, le taux de croissance chinois bat tous les records mondiaux : le P.I.B augmente de plus de 5% par an, mais ce taux de croissance élevé doit être mis en parallèle avec un possible effet de rattrapage depuis environ 25 ans. En décembre 1978, Mao est remplacé par Deng Xiaoping qui change de politique et accepte plus de libéralisme. Deng Xiaoping, alors Vice-Président du Parti Communiste Chinois, commence par l’agriculture : il laisse plus de place à la privatisation en autorisant la propriété privée, l’exploitation familiale des terres, le démantèlement des communes populaires (gèrent l’économie locale), le rétablissement du profit comme critère de gestion pour les entreprises, l’instauration d’une prime au rendement, etc. Le démantèlement des communes fait notamment que la prise de décision ne passe plus par les pouvoirs locaux, mais uniquement par le pouvoir central (la Chine se centralise lorsque les autres pays se décentralisaient à l’époque). En 1984, les réformes s’exacerbent : Deng Xiaoping veut aller encore plus loin pour rattraper l’Occident. Il s’attaque à la planification pour laisser plus de place à l’économie marchande. Il ne la retire pas totalement, ce qui donne naissance à un système mixte, combinant économie planifiée et économie de marché. En France, les parts d’économie planifiée et d’économie de marché étaient respectivement de 15 et 85%. En Chine, c’est de l’ordre de 75 et 25% respectivement. Deng Xiaoping s’attaque aux prix : il abolit les plafonds fixés par l’État, mais laisse cohabiter deux systèmes dans les entreprises : un système de prix administrés pour les achats d’approvisionnement et un système de prix libres pour les ventes aux clients. Des distorsions apparaissent dans les coûts de production entre les entreprises et à l’intérieur même des entreprises, d’où la création de marchés parallèles pour vendre les marchandises devenues trop chères. Les organes du Parti Communiste revendent des marchandises au noir qu’ils ont achetées à des prix administrés. Les trafics de toute sorte se développent de même que la croissance des prix. On peut donc dire que la libéralisation a été incontrôlée et incohérente. En automne 1988, on gèle les réformes et on tente de contrôler l’inflation via un contrôle des prix (réinstauration de plafonds). En France, il s’est produit la même chose en 1984 (désindexation des salaires sur les prix et contrôle des prix par l’État). En juin 1989, une nouvelle crise apparaît, mais cette fois, elle est politique. Deng Xiaoping durcit son discours et remet en cause les réformes qu’il a lui-même engagées depuis des décennies car elles se sont avérées peu fonctionnelles. En 1990, les manifestations étudiantes sur la place Tiananmen montrent l’exaspération de la population. À la fin de l’année 1990, les conservateurs perdent l’initiative. En 1991, un coup fort est porté au système avec la chute du grand frère soviétique.

Les années 1990 : l’explosion de la puissance chinoise

En 1992, les réformes reprennent, relancées par la fin du communiste en U.R.S.S. Les prix administrés ne représentent alors que 20% du commerce de gros. En 1994, les banques et les institutions subissent des réformes profondes pour mettre en place des instruments de régulation de l’économie de marché. La réforme bancaire renforce ainsi l’autorité de la banque centrale. L’État peut alors imposer sa politique monétaire à toutes les banques commerciales. Le taux de change officiel subit également une réforme puisqu’il devient unique sur tout le territoire (avant, il différait suivant les provinces chinoises). Une réforme fiscale intervient, instaurant l’obligation de l’équilibre dépenses – recettes. La péréquation est instaurée dans ces années : l’État récupère l’argent et le redistribue alors aux régions suivant leurs besoins pour éviter les déséquilibres de ressources entre les régions. L’ouverture sur l’extérieur se fait selon deux mouvements : amener les capitaux étrangers en Chine et exporter des produits chinois à l’étranger. Pour accélérer la croissance, on cherche à fabriquer des biens grâce à des capitaux et à exporter ces biens. La Chine rejoint officiellement l’O.M.C (Organisation Mondiale du Commerce) en 2001. La Chine crée des Z.E.S (Zones Économiques Spéciales) pour attirer des entreprises (équivalent des zones franches) via des exonérations fiscales (diminution de l’impôt sur les bénéfices, suppression du droit de douane, etc). Les Z.E.S se situent à proximité des pôles économiques de développement tels que Hong-Kong et Taïwan, surtout sur les zones côtières. Ce sont des zones économiques et techniques pour attirer les capitaux étrangers en terre chinoise.

Dans les années 1990, Shangaï, la "Perle de l'Orient" est devenue une ville-monde.
Dans les années 1990, Shangaï, la “Perle de l’Orient” est devenue une ville-monde.

 

Les investisseurs étrangers s’installent en Chine, encouragés par les conditions favorables. L’État investit dans les secteurs exportateurs destinés à se substituer aux importations tels que l’automobile, l’électronique, etc. Des industries importatrices deviennent exportatrices : c’est la stratégie de substitutions aux importations. L’ouverture est importante, mais contrôlée. Des tarifs douaniers et des quotas sont instaurés pour protéger de la concurrence les produits chinois. On peut voir dans le protectionnisme chinois une application de la théorie de Friedrich List concernant les industries naissantes. En 2001, la Chine entre dans l’O.M.C. On constate alors une explosion littéralement des exportations chinoises (11,2% à son paroxysme) avec un taux d’investissement de 40% (alors qu’il est de 15% en France). La Chine devient un géant industriel et commercial. Le niveau de vie augmente rapidement, d’où des incidences sur les cours des matières premières avec une pénurie en 2007 expliquant l’explosion des prix du pétrole en 2008. Depuis, les prix diminuent puisque la demande a chuté. La Chine est aujourd’hui le 4ème exportateur mondial (devant la France, 5ème). Elle produit environ 60% des téléphones portables et des appareils photos et 50% des téléviseurs.

Depuis les années 2000 : Une croissance fragile

Toutefois, la croissance chinoise reste fragile : la Chine est un pays à la croissance inégale, forte dans les grandes villes et les zones côtières, mais faibles dans l’arrière-pays où l’on peut constater une absence totale de progrès. La croissance est très extravertie (tournée vers l’extérieur) et dépend donc trop de ses exportations, orientées vers les États-Unis et l’Europe de l’Ouest. La crise économique a réduit comme une peau de chagrin la croissance chinoise qui est aujourd’hui à environ 8,5%. Même si cela ne semble pas être grave, il faut savoir que 1 point de croissance en moins (comme c’est le cas ici), c’est 50 millions d’emploi en moins. De ce constat résulte une grande précarité : les écarts de revenus étaient de 1 à 2,8 en 1978 contre 1 à 4 actuellement. Enfin, la Chine reste très dépendante des investissements étrangers. Les entreprises étrangères réalisent le tiers de la production industrielle et la moitié des exportations chinoises. En résulte de fait une grande fragilité si les capitaux se retirent. D’autre part, les mouvements sociaux deviennent de plus en plus nombreux et prennent de plus en plus d’ampleur dans le pays, obligeant les autorités à s’assouplir sous la pression du peuple.

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