Pauvreté : Pourquoi il y aura toujours des pauvres…

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Vous vous en doutez bien, ce titre n’est pas le fruit d’un esprit méprisant ceux qui sont dans la misère. Personne n’est satisfait que beaucoup de nos compatriotes vivent dans une situation misérable, voire déplorable. Ce titre a plutôt pour but de démontrer à quel point les indicateurs de pauvreté utilisés à ce jour sont impertinents. La pauvreté ne doit pas se confondre avec la misère. Car si la pauvreté est un concept économique analysé, mesuré, calculé, la misère, elle, n’a pas été mesurée et donc échappe à la question de la pertinence. Dans les classes d’économie, on aborde la question de l’imperfection du PIB, le produit intérieur brut, pour mesurer la richesse, et par conséquent de la croissance. Mais la question de l’imperfection de l’indicateur de pauvreté en est étonnamment absente… Avant de décrire les travers de cet indicateur, nous allons tout d’abord traiter de son mode de calcul.

Quelle définition économique de la pauvreté aujourd’hui ?

L’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) établit des statistiques notamment sur la « pauvreté monétaire« . Elle la définit comme suit :

Un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. En France et en Europe, le seuil est le plus souvent fixé à 60 % du niveau de vie médian.

INSEE

Ainsi, en France, en 2019, ce sont 9,2 millions de Français qui gagnent moins de 1 102 € par mois, soit 14,6% de la population. En 2018, le taux de pauvreté s’élevait à 14,8% pour un seuil de pauvreté de 1 074 €. De 2018 à 2019, l’on constate donc une réduction du taux de pauvreté en parallèle de l’augmentation du seuil. Signes conjoints d’une amélioration du niveau de vie ?

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Pourquoi il y aura toujours des pauvres en France (et partout ailleurs)…

Le problème de l’indicateur mesurant la pauvreté réside dans sa relativité. Décryptons ensemble ses faiblesses et ses failles pour en saisir tout le sens.

En 2019 ce sont 9,2 millions de Français qui gagnent moins de 1 102 € par mois (soit 14,6% de la population)
En 2019 ce sont 9,2 millions de Français qui gagnent moins de 1 102 € par mois (soit 14,6% de la population)

Pauvre ici, riche ailleurs et riche ici, pauvre là-bas…

Certes, cela a des avantages : le coût de la vie n’est pas le même d’un pays à l’autre. Ainsi, une personne résidant en France ne fait pas face aux mêmes charges qu’une personne résidant dans l’un des PMA (Pays les Moins Avancés). Définir un seuil de pauvreté par pays apparaît en effet comme nécessaire. Voire, après tout, par territoire, par ville, quartier, immeuble, appartement (où s’arrêter ?).

Mais la définition d’un seuil de pauvreté relatif même sur un même territoire a aussi des inconvénients. Le premier, et non le moindre, est qu’avec ce mode de calcul, il y aura toujours des pauvres. Ainsi, même si l’on considère un pays peuplé uniquement de multimilliardaires, la relativité du calcul (60% du revenu médian) a pour conséquence qu’il y aura obligatoirement des pauvres. Si l’on considère une distribution équilibrée des revenus, cela implique que les 30% (60% x 50%) de la population seront pauvres. On voit tout de suite que l’indicateur ne tient pas la route…

Un générateur d’envie

Comparaison n’est pas raison, dit le proverbe. On ne peut définir objectivement un concept qui ne s’appuie que sur de la comparaison. La comparaison suscite l’envie et la jalousie. Elle déclenche en nous ces réflexes qui sont tout ce qu’il y a d’humain. Mais on ne peut s’appuyer sur des émotions aussi négatives pour définir un concept aussi important que la pauvreté. Tout comme on ne peut (se) définir uniquement par rapport aux autres. Cela provoque un climat délétère et, surtout, il y aura toujours des moins lotis que d’autres. Même aux temps du communisme, même dans les pays les plus égalitaires, la répartition des richesses reste un problème auquel les solutions apportées par les uns ou les autres s’apparentent à une goutte d’eau dans l’océan.

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Une définition de la pauvreté rigide, sans substance et incohérente

Si l’on prend, par exemple, le taux d’analphabétisme pour mesurer le niveau de maîtrise de la lecture ou de l’écriture, ce taux doit pouvoir être égal à zéro. En effet, il est envisageable que tout le monde sache lire et écrire. De même, un indicateur pertinent pour la pauvreté devrait pouvoir être égal à zéro, dans le cas où l’on réussit à éradiquer la pauvreté. Or l’indicateur actuel rend cela mathématiquement impossible. On peut se demander si ceux qui l’ont fait avaient un quelconque espoir dans la disparition de la pauvreté…

Revenus et pauvreté : deux termes d’une équation où il y a un grand absent…

Et cet absent, quel est-il ? Le capital ! Prenons l’exemple d’un multimilliardaire qui ne détient qu’un portefeuille boursier bien garni, et uniquement cela. Il se peut qu’une année, les dividendes ne soient pas versés et soient au contraire réinvestis dans l’entreprise. Cette personne là est-elle pauvre ? Si l’on prend la définition de l’INSEE, assurément. Or, il ne viendrait à l’idée de personne de considérer ce multimilliardaire comme pauvre… Le revenu n’est qu’une composante à prendre en compte, et on ne saurait réduire la personne à son revenu. Le capital est aussi important, voire davantage, que le revenu.

En effet, un revenu peut être un flux exceptionnel, passager, transitoire. Le patrimoine, lui, est un stock qui peut bénéficier d’une plus grande permanence. Au-delà du revenu, il vaudrait mieux d’ailleurs considérer le « reste à vivre ». Cet indicateur correspond à la somme restant du revenu une fois les dépenses contraintes réglées. Car si l’on a beaucoup de ressources, mais beaucoup de charges, on risque d’être aussi bien voire moins bien loti que celui qui a un peu de ressources mais peu de charges !

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Quel indicateur utiliser ?

On l’aura compris, les failles de l’indicateur de pauvreté nécessitent d’abandonner l’indicateur actuel. Pour le remplacer par quoi ? Par un indicateur permettant de mesurer la pauvreté justement.

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