Alors que la France enchaîne les déficits publics aussi vite que les rats se reproduisent, alors que le Premier Ministre met au centre du débat public l’état (déplorable) des finances publiques, proposant notamment de supprimer deux jours fériés, alors que les services d’urgence ferment au cours de la journée faute de moyens, la Mairie de Paris se réjouit de la fréquentation du fleuve parisien. Que voulez-vous, on a les joies qu’on peut !
Un déficit public record grevé par les crises successives
En France, dès qu’il y a un problème, les yeux se tournent vers l’État. L’État n’est pas que le garant de l’ordre public : il est aussi le protecteur de l’économie. Crise des subprimes, crise des dettes souveraines, crise du coronavirus… En 2024 :
- La dette française représentait 113,2% du PIB
- Les dépenses publiques représentaient 57,1% du PIB
- Le déficit public représentait 5,8% du PIB
Une situation hors de contrôle malgré un « Mozart de la finance » aux manettes directement ou indirectement depuis plus de 10 ans. Une catastrophe qui n’est pas sans rappeler la situation grecque. Mais alors que la Grèce se désendette depuis 2020, la France ne cesse de creuser le trou.
Vers une cure de désintoxication ?
Complètement addicte à la dépense publique, la France a toutes les difficultés à maîtriser ses finances. À l’image des addicts, elle adopte les mêmes réactions. Quand on lui demande si elle veut s’en sortir, elle répond que oui. Mais quand on lui propose de nouvelles dépenses, elle se jette dessus comme pour assouvir un manque qui pourtant est loin d’être légitime…
Et comme tout bon addict, Paris ne résiste pas à une nouvelle injection budgétaire, cette fois-ci dans les sombres eaux de la Seine. Après avoir dépensé la bagatelle de 1,4 milliards d’euros pour rendre la Seine baignable, elle persiste et signe dans cette voie. Nous avions fait, au début de l’été, un chiffrage aboutissant à 39 millions d’euros par an. Soit, selon nos premières estimations, basées sur une fréquentation espérée de 275 000 baignades, une entrée à 140 € par personne. Mais la réalité est encore plus accablante…
Un pass VIP à 390 € par personne payé par l’argent public
Hélas, nous avons été trop optimistes ! Il n’y a eu que 100 000 (courageux) baigneurs pour 39 millions d’euros annuels… Soit un coût de 390 € par personne. À ce tarif là, n’aurait-il pas été préférable de payer un weekend à Deauville aux baigneurs ? Il aurait même été possible de financer quelques climatiseurs !
Et peu importe l’avis des Parisiens ! Interrogée par Europe 1, Florence, infirmière travaillant dans un hôpital public « bondit et reste stupéfaite. Pour elle, cette somme est démesurée ».
1,4 milliard d’euros, à mon avis, ça pourrait être mis ailleurs. Parce qu’il y a autre chose à faire que de nettoyer la Seine pour se baigner un mois dans l’année!
Florence, infirmière dans un l’hôpital public
De son côté, toujours interrogé par Europe 1, un autre contribuable dénonce une dépense inutile et regrette que les fonds publics n’aient pas été alloués à d’autres projets sûrement plus utiles à long terme.
Par exemple là, on vient de se taper une vague de chaleur, on s’est rendu compte que nos hôpitaux n’étaient pas équipés pour y faire face, nos écoles non plus…
Dans une France qui peine à financer ses urgences, ses écoles et ses infrastructures, et dont le modèle social perd chaque année de son éclat, offrir des baignades à 390 € pour quelques uns n’est pas un progrès : c’est une provocation. Fluctuat nec mergitur*…
Alors oui, certains vanteront les vertus écologiques ou touristiques de la Seine baignable. Et peut-être ont-ils même raison. Mais face à des hôpitaux débordés et des écoles délabrées, que ces arguments nous paraissent bien lointains… En effet, quand on parle de rogner sur la santé (avec notamment doublement des franchises médicales), la priorité ne devrait pas être aux lubies vitrines, mais à l’essentiel.
* Fluctuat non mergitur (devise parisienne) : Il flotte, mais ne sombre pas.