Mesurer la pauvreté justement : nos réflexions

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Comment pourrait-on mesurer plus justement la pauvreté compte tenu des limites de l'indicateur du seuil de pauvreté ?
Comment pourrait-on mesurer plus justement la pauvreté compte tenu des limites de l'indicateur du seuil de pauvreté ?

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Le mois dernier, nous avions évoqué largement les imperfections de l’indicateur utilisé pour mesurer la pauvreté. Pour rappel, l’INSEE indique « [qu’]un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. En France et en Europe, le seuil est le plus souvent fixé à 60 % du niveau de vie médian. » Afin d’apporter notre pierre à l’édifice, nous allons proposer quelques éléments qui permettraient de mesurer plus justement ce phénomène.

Mesurer la pauvreté : par le patrimoine ou le revenu ?

Pour mesurer la pauvreté se pose tout d’abord le problème de la base de calcul. En effet, qu’est-ce qui caractérise une personne pauvre ? Est pauvre celui qui n’a rien (vision par le stock) ou bien celui qui ne gagne que très peu (vision par le flux) ?

Si est pauvre celui qui gagne peu (voire ne gagne rien)…

…c’est que l’on s’intéresse au revenu. Ce qui est le cas de l’indicateur actuel, et cela constitue d’ailleurs à nos yeux une de ses failles les plus importantes. En effet, ne s’intéresser qu’au revenu est extrêmement réducteur s’agissant de la mesure de la pauvreté. La pauvreté ou la richesse ne peuvent se mesurer avec la seule déclaration de revenus !

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Plutôt que le revenu, l’indicateur de flux nous paraissant pertinent est le « reste à vivre ». Pourquoi le « reste à vivre » ? La réponse est dans son mode de calcul. Celui-ci consiste à déduire du revenu les dépenses incompressibles. De cette façon, le loyer ou le remboursement des emprunts, mais aussi les pensions alimentaires, sont déduits du revenu.

Attention : Les seules dépenses prises en compte dans le calcul du « reste à vivre » sont les charges fixes. le « reste à vivre » n’est pas la somme dont l’on dispose après avoir réglé toutes ses dépenses.

La notion du « reste à vivre » est plus juste pour mesurer la pauvreté que les indicateurs actuellement utilisés. En effet, elle ne se réduit pas au seul revenu mais considère a contrario une partie des charges. Cela étant dit, le « reste à vivre » ne permettrait pas, à lui seul, de mesurer la pauvreté. Car un « riche » héritier sans revenu serait-il à la fois riche et pauvre ? Un tel exemple illustre bien pourquoi ne prendre en compte que les revenus sans prendre en compte le patrimoine serait tout simplement incorrect et injuste.

Si est pauvre celui qui n’a rien…

…c’est qu’on s’intéresse au patrimoine. C’est ce que l’on fait lorsque l’INSEE indique que « début 2018, les 10 % des ménages aux patrimoines les moins élevés détiennent un patrimoine brut moyen de 1 800 euros, et – 8 200 euros de patrimoine net. » Un patrimoine net négatif ? Cela s’explique par la présence d’un passif supérieur à l’actif net (autrement dit, une situation d’endettement).

Afin d’apporter davantage de « justice » dans la mesure de la pauvreté, il nous paraît indispensable de définir un seuil de patrimoine chiffré en-dessous duquel on considèrera une personne en situation de pauvreté. Tout le problème réside justement dans la fixation de ce seuil.

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En effet, il pourrait être tentant de définir un seuil par pays, par région, etc. Mais dans ce cas, l’indicateur reste « relatif », ce qui constitue une autre faille importante de l’indicateur actuellement utilisé. Toutefois, on peut s’accorder sur un seuil à 0 € de patrimoine net. Ce qui revient à dire que serait dans une situation de pauvreté toute personne vivant à découvert et ne disposant d’aucun autre patrimoine. D’autre part, les personnes ayant emprunté pour acheter un bien dont la valeur a sensiblement baissé seraient pris en compte dans cette définition. Ce qui nous semble tout à fait pertinent dans la mesure où elles risquent de se retrouver dans une situation financière délicate.

Mesurer la pauvreté : quel indicateur retenir ?

L’indice de pauvreté multidimensionnelle

Un indice de la pauvreté multidimensionnelle existe déjà. Cet indicateur prend en compte la santé, l’éducation et les conditions de vie. Chaque domaine est pondéré avec une plus faible pondération sur les items des conditions de vie.

Santé :

  • Mortalité infantile : population vivant dans un foyer où un enfant est mort avant l’âge de 5 ans
  • Nutrition : population vivant dans un foyer où enfant ou adulte sont en état de malnutrition

Éducation :

  • Scolarisation : population vivant dans un foyer où aucun membre n’a bénéficié de 5 ans d’école
  • Sortie de l’école avant 8 ans de scolarité : population vivant dans un foyer où un enfant est sorti du système scolaire avant d’avoir terminé ses 8 années de scolarité

Conditions de vie :

  • Électricité : population vivant dans un foyer sans électricité
  • Assainissement : population vivant dans un foyer sans sanitaire
  • Eau potable améliorée : population vivant dans un foyer n’ayant pas accès à une eau potable améliorée ou accessible à plus de 30 minutes de marche
  • Sol de l’habitat : population vivant dans un foyer où le sol est constitué de terre battue ou de sable
  • Combustible d’alimentation : population vivant dans un foyer se servant de bois (ou de charbon de bois) ou d’excréments animaux pour combustible pour la cuisine
  • Biens mobiliers : population vivant dans un foyer ne disposant pas de plus d’un élément mobilier (radio, télévision, téléphone, bicyclette, motocyclette, voiture, tracteur)
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Toutefois, cet indicateur vise surtout les pays en développement. Il n’est donc pas adapté à nos économies développées.

De la nécessité d’un nouvel indicateur indiciel pour mesurer la pauvreté justement

Un indicateur pertinent pour la mesure de la pauvreté doit prendre compte le revenu et le capital. Pour cette raison, il nous paraît pertinent d’avoir, tout comme « l’indicateur de développement humain » d’Amartya Sen, un « indicateur de la pauvreté » sous forme d’indice. Cet indice prendrait à la fois en compte le revenu via le « reste à vivre » et le capital via le niveau de patrimoine. De cette façon, les comparaisons entre les époques, mais aussi entre les pays, seraient possibles et pertinentes.

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