Bonne fête du (bon) Travail !

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1er mai : fête du Travail. Ou plus exactement, fête des Travailleurs. Ou plus précisément encore (décidément), la Journée Internationale de lutte pour les droits des Travailleurs. La Fête du Travail en tant que telle a véritablement existé en France, sous la Révolution Française. Mais le 1er mai s’axe davantage autour des luttes sociales que de la valeur Travail. Tour d’horizon historique de ces journées et des visions sous-jacentes.

Une Fête du Travail instaurée sous la Révolution Française

Une fête du calendrier républicain

C’est sous la Terreur que Saint-Just, dans son calendrier républicain, instaura une Fête du Travail le 2ème jour des sanculottides (en réalité, après quelques modifications mineures de ce calendrier, elle eut lieu le 19 septembre).

Le Duodi, deuxième des sanculottides, sera consacré à l’industrie & à l’activité laborieuse ; les actes de constance dans le labeur, de longanimité dans la confection des choses utiles à la patrie, de beau & de grand dans les opérations manuelles ou mécaniques, & dont la société peut retirer de l’avantage, sera préconisé publiquement & avec une pompe nationale, ce jour Duodi, deuxième des sanculottides

Rapport sur le calendrier républicain, Saint-Just, 1793

Une fête célébrant la « valeur Travail »

Cette fête du Travail avait pour objectif de le glorifier. Elle reconnaît ses apports à la Société et les vertus des travailleurs. Rien que dans le texte, l’auteur cite – directement ou implicitement – la constance, l’opiniâtreté, la longanimité, le courage, la rigueur, la patience, le sens de la grandeur et de la beauté, la valorisation du travail manuel, le génie de l’inventeur, l’utilité…

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La Journée Internationale des Travailleurs

L’histoire de la Journée Internationale des Travailleurs

Une origine américaine

La fête du Travail actuelle nous vient des États-Unis. Lors du IVème congrès de l’American Federation of Labor (AFL), en 1884 (soit la même année que la loi Waldeck-Rousseau sur les syndicats), les travailleurs souhaitent revendiquer une durée de travail quotidienne de 8 heures soit 48 heures par semaine. A l’époque, la journée de travail était le plus souvent de 10 heures, avec 6 jours travaillés (seul le dimanche étant chômé), soit 60 heures par semaine. Ils se donnent donc deux ans pour y arriver. Certains obtiennent gain de cause, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, bien évidemment.

Une grève a donc lieu le 1er mai 1886, 1er jour de l’année comptable de beaucoup d’entreprises américaines. En effet, du fait des dates de clôture comptables, les contrats temporaires se terminaient le plus souvent ce jour-là. Les travailleurs pouvaient donc être amenés à déménager ce jour-là, d’où le terme de moving day. Ce mouvement de grève, sous l’impulsion anarchiste, est largement suivi par les travailleurs. A Chicago, dans Haymarket Square, une manifestation se déroule, plutôt pacifiquement selon les historiens. Toutefois, à la fin de la manifestation, des troubles surgissent et une bombe explose, provoquant un massacre dans les rangs des manifestants et de la police.

Ces évènements ont un retentissement international important. En parallèle, les organisations syndicales commencent à s’internationaliser. D’où une importation de la situation dans les autres nations, et en premier lieu en France.

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Importation en France

La Seconde Internationale Socialiste se réunit à Paris en 1889 à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889, célébrant le centenaire de la Révolution Française. Elle décide, sous l’impulsion de Jules Guesde (dirigeant du Parti ouvrier), le 20 juillet 1889, de faire de chaque 1er mai une journée de manifestation, avec en ligne de mire la journée de travail à huit heures. Elle choisit la date du 1er mai en référence aux évènements survenus à Haymarket Square.

Quel objectif ?

L’objectif de la Fête Internationale des Travailleurs est d’être une journée de lutte pour les droits des travailleurs. C’est une journée permettant aux syndicats de faire une certaine démonstration de leur force que le nombre de participants permet de jauger.

La « fête du Travail », de Charybde en Scylla ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la vision sous-jacente à cette nouvelle Fête des Travailleurs n’est plus la même que celle qui sous-tendait la Fête du Travail de la Révolution Française. Cette nouvelle « fête du Travail » ressemble en réalité une décalcomanie de la précédente édulcorée et vidée de sa substance. L’on ne glorifie plus le Travail en lui-même, au contraire, l’on célèbre en quelque sorte le non-Travail. L’on ne glorifie plus le Travail, mais l’on commémore les victimes du « mauvais Travail » (car fort heureusement, tous les travailleurs ne se peuvent se reconnaître là-dedans) enfermées dans un rapport conflictuel avec le patronat dans une logique marxiste de lutte des classes.

Dès lors, tout comme certains distinguaient les bons et les mauvais chasseurs, peut-on distinguer le « mauvais Travail » du « bon Travail » ? L’affirmative semble évidente, car sinon, comment déplorer que le Travail, et à travers lui, le sens de la rigueur, ait aujourd’hui si mauvaise presse… ? Il existe aujourd’hui des travailleurs qui attendent le lundi matin de pied ferme pour accomplir leur travail. L’on ne m’en voudra pas de leur rendre hommage en préférant célébrer la « Fête du Travail » plutôt que la « Journée Internationale de lutte pour les droits des Travailleurs !

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