Le Quantitative Easing : de la déflation à l’inflation ?

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Le Quantitative Easing est un instrument de politique monétaire non conventionnelle. Dans l’ambiance feutrée des banques centrales, le terme « non conventionnel » est à rapprocher du même terme dans le jargon militaire. Les armes non conventionnelles ne sont ni plus ni moins que les armes de destruction massive, y compris donc, et surtout, l’arme atomique. Autant dire qu’une politique monétaire non conventionnelle n’est pas sans conséquences… Le Quantitative Easing a pour but de résoudre la déflation, mais ne génère-t-il pas de l’inflation ?

Le problème du surendettement, fils caché du Quantitative Easing

Un recours au crédit plus facile…

Le Quantitative Easing favorise l’endettement des États. En effet, les milliards déversés par la banque centrale doivent trouver preneur, et les obligations souveraines sont généralement les premiers actifs pris d’assaut par le Quantitative Easing. De ce fait, les États peuvent se retrouver dans une situation atypique où leur taux d’intérêt est négatif. Autrement dit, la charge de la dette s’inverse : plus on s’endette, moins on paye d’intérêt. Cette situation paradoxale est d’autant plus incohérente lorsque les fondamentaux sont fragiles. Il y a alors décorrélation entre le risque et le taux d’intérêt, ce alors que la relation entre la valeur et le risque est cardinale.

…qui comporte un effet boomerang !

Ce qui peut paraître une bonne nouvelle (le crédit moins cher) n’en est en réalité pas une. En effet, en l’absence de réformes structurelles permettant de réduire leur endettement, les États drogués à la dette qui se seront massivement endettés à bas prix pour rembourser leurs précédentes dettes vont voir leur charge de la dette augmenter drastiquement lorsque la tendance s’inversera. Certes le coût de leur dette avait momentanément baissé en raison du trop-plein de monnaie en circulation. Mais le retournement de situation engendre un effet boomerang. Ceci en raison du coût plus élevé des nouvelles dettes contractées pour rembourser celles contractées à bas prix. Les États qui ont profité de l’occasion pour s’endetter afin de relancer leur économie se retrouvent alors dans une situation délicate.

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Un remède à la déflation ?

Le Quantitative Easing et la déflation : des effets mitigés

L’objectif principal du Quantitative Easing est d’éviter la déflation. Pour ce faire, la banque centrale injecte une quantité massive d’argent dans le circuit économique. Ce qui, logiquement, devrait favoriser l’inflation. Mais dans l’historique du Quantitative Easing, cette remontée est malheureusement la grande absente… Ainsi, au Japon, la Banque centrale japonaise (Bank of Japan) a mené une politique de Quantitative Easing de 2001 à 2006. Or le moins que l’on puisse dire à la lecture des chiffres de l’inflation sur cette période est qu’on est loin du coup de fouet attendu. Car l’inflation positive enregistrée en 2006 n’est due qu’à la hausse des matières premières… Le pays reste donc en déflation malgré le Quantitative Easing qui se révèle inefficace pour lutter contre cela.

Taux d'inflation du Japon (données Banque Mondiale)
Taux d’inflation du Japon (données Banque Mondiale)

Ceci se confirme quand on s’intéresse de près à la situation du crédit. Celui-ci n’a arrêté de se contracter qu’en 2005. Ainsi, le volume d’argent mis sur la table n’a pas vraiment eu d’impact sur l’économie japonaise.

À l’inverse, la politique de Quantitative Easing de la BCE a eu des effets sur la délivrance de crédits par les banques. Il faut dire que l’œil des décideurs était braqué sur les banques, surveillées de près quant à leur distribution de crédits. Celles-ci ont donc ouvert grandes les vannes du crédit, prêtant parfois à des débiteurs qui, il faut le dire, ne pourront jamais rembourser. C’est le phénomène des subprimes, ces prêts « plus risqués », qui se répète inlassablement… Il conviendra à ce sujet de s’intéresser aux PGE (Prêts Garantis par l’État) émis en grand nombre par les banques en pleine crise sanitaire d’ici quelques années pour en connaître le taux de défaut, mais celui-ci risque d’être important. D’autant plus compte tenu du choc exogène que représente le conflit russo-ukrainien.

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Un effet boomerang quand l’inflation repart en force

L’inflation est repartie à la hausse depuis le mois de janvier 2022 en France. Elle atteint des niveaux qui n’avaient pas été enregistrés depuis des années, voire des dizaines d’années. La période d’atonie a fait place à une fièvre importante au niveau des prix qui bondissent. Cette inflation comporte plusieurs explications :

  • La première, c’est le prix de l’énergie qui a augmenté, et ce avant le conflit russo-ukrainien. De 50 € le mégawattheure début 2021, le prix de gros de l’électricité (utilisé entre les fabricants et les distributeurs) a augmenté pour atteindre plus de 220 € le mégawattheure fin 2021. Au cours de l’été 2022, il a même atteint 700 € le mégawattheure !
  • La seconde explication, c’est la croissance économique à la suite du traumatisme économique que représente la crise de la Covid-19 de 2020. Celle-ci a été de plus de 6% en France, un chiffre que notre pays n’avait pas enregistré là encore depuis des années, voire des dizaines d’années. On observe ci et là des effets de rattrapage qui ont un impact sur les prix.
  • La troisième explication, ce sont toutes les aides déployées au cours de la crise qui ont porté leurs fruits. A titre d’exemple, l’activité partielle ou les PGE ont pour effet de maintenir, voire de stimuler la demande, accentuant la pression inflationniste. Un contrecoup du Quantitative Easing dans la mesure où l’État a massivement emprunté pour ce faire.
  • Enfin, le conflit russo-ukrainien n’est pas sans impact. Les tensions géopolitiques provoquent un renchérissement des denrées produites par les deux nations belligérantes.
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